Il y a eu, le 1er juillet 2007, 45 ans que, déchirés, nous devions quitter notre travail, nos cimetières, nos souvenirs.
A la demande d'Yves Dubar et du comité de Ceux de Bougie, avec l'aide précieuse d'Andrée Bochon et d'Anna et Louis Alibelli, je vais essayer, pour nous "les anciens" et pour nos enfants, de rappeler les quelques souvenirs de nos dernières semaines à Bougie, de notre arrivée en France et aussi souligner la chance que nous avons à nous retrouver choque 11 novembre, sans interruption année après année.
Je voudrais tout d'abord rappeler que le 17 mai 1962, dix bougiotes ont été cueillis chez eux à 6 heures du matin par l'armée et la police, conduits à l'aéroport avec une petite valise et mis dans un avion sans savoir où ils allaient. Sans doute le Pouvoir alors en place estimait-il qu'ils s'étaient trop impliqués pour garder l'Algérie à la France. Ces dix bougiotes étaient : Yves Bachelot, Marcel Bochon, Jean-Pierre Bourdichon, André Infante, Paul Maire, joseph Mégardon, Gratien Micelli, Georges Philip, Marcel Salles, Claude Thizy.
Déposés sur le trottoir à l'aéroport de Paris, ils ont dû préciser aux autorités un lieu de résidence où ils furent assignés pendant plus d'un an et contraints d'aller pointer chaque semaine à la gendarmerie la plus proche.
Ils avaient quitté Bougie en laissant leurs épouses et leurs enfants livrés à eux-mêmes. Cette expulsion a donné le signe du déport aux bougiotes qui ont bouclé leurs valises et cherché le moyen le plus rapide de partir.
Nombre de ces bougiotes n'avaient aucune attache en France et ne savaient où aller. Heureusement. le député-maire de Gaillac M. Irissou, ami de notre député Maurice Molinet mit à notre disposition divers locaux à Gaillac, ce qui a permis d'y "Ioger"un certain nombre d'entre eux.
Certains "expulsés", dont Marcel Bochon et moi-même allions à Marseille ou Toulon accueillir les bateaux arrivant de Bougie, et aidions nos amis à rejoindre leur lieu de résidence pour ceux qui savaient où aller. Quant aux outres, qui n'avaient aucune attache en France et qui ne pouvaient attendre aucune aide du gouvernement ni même de la population, nous les conduisions à Gaillac dont la population se trouva subitement "gonflée" par l'arrivée de deux cent cinquante à trois cents bougiotes.
La solidarité ayant joué à fond, nous avons pu, le 31 décembre 1962, nous rencontrer pour la première fois à Lacaune dans le Tarn. Grande émotion... Et depuis grâce aux efforts dus, surtout à Anna et Louis Alibelli, à Andrée et Marcel Bochon, et aussi à l'enthousiasme de tous, nous nous sommes retrouvés choque fin d'année dans la région de Toulouse, d'abord en 63 et 64 à Ondes-sur-Garonne, ensuite en 65 et 66 à Venerque. Nous étions toujours à chaque réunion plus nombreux, ce qui posait évidemment des problèmes de logement et de restauration de plus en plus importants. Heureusement notre ami bougiote, le Pasteur Müller, nous suggéra de nous réunir au Lazaret à Sète, où nous sommes allés pour la première fois le 11 novembre 1967, et où nous nous retrouvons régulièrement depuis.
Le nombre de présents ne fléchit pas, au contraire avec, évidemment, de plus en plus de jeunes.C'est ainsi qu'en 1982, pour marquer le vingtième anniversaire de notre départ, nous étions 800 ! Tout cela a nécessité beaucoup de travail aux responsables, surtout si on y ajoute les quatre voyages organisés à Bougie et qui comprenaient chaque fois 150 personnes.
Nous devons donc remercier chaleureusement et affectueusement tous nos amis qui se sont dépensés et se dépensent encore sans compter, pour nous procurer ces grandes joies de retrouvailles. Nos réunions comptent actuellement près de 400 personnes, très heureuses de revivre Bougie, autant d'amis qu'il faut accueillir, loger, nourrir et parfois aider à repartir.
J'espère qu'Yves Dubar et son équipe pourront continuer à assumer cette lourde tâche qui nous permet de maintenir et conserver les liens du passé.
Nous avons bien sûr le cœur serré de ne plus voir certains de nos amis et partageons totalement la peine de leur famille. Je pense tout spécialement à Andrée, privée de la présence de Marcel.
A bientôt encore et encore pour longtemps.
André INFANTE