Pourquoi la capitale de la Kabylie,
cette ville qui a vraiment été une Capitale de Royaume,
pourquoi s'appelle-t-elle Bougie ?
Il y a plus de 2000 ans, des navigateurs intrépides, venus de
l'Est de la Méditerranée, fondaient en Afrique du Nord
des comptoirs, qui leur permettaient de commercer avec les tribus locales.
Entre autres points, ils se fixèrent sur une plage auprès
d'une rivière qui ne s'appelait pas encore la Soummam. Peut-être
étaient-ils poètes, émerveillés par ce site
enchanteur à l'abri de la masse puissante du Gouraya face au
golfe, au milieu d'une végétation éblouissante
!
Mais ils n'étaient peut-être que des marchands ne voyant
là qu'un lieu aux abords faciles, à l'eau fraîche
et pure, habité par une population aux murs douées
avec laquelle il était facile de commercer.
Comment s'appelait ce lieu à cette époque ? Probablement
SALDA. Plus tard, vinrent les romains. Ils firent de SALDAE une station
navale importante et la ville qui recevait l'eau de Toudja par un aqueduc
de plus de seize kilomètres aurait reçu le surnom de «Ville
Splendissime» !!
Mais le règne de Rome s'efface... SALDAE devient peut-être
BAGAÏSI sous les rois berbères de Mauritanie. Nous ne savons
pas comment se prononçaient ces noms de BAGAÏSI, de BEDJANA,
plus tard de BEDJAJA, mais ils se ressemblent.
Les siècles s'écoulent et GENSERIC, le conquérant
vandale fait de BAGAÏSI une capitale. Gloire éphémère
! Bientôt le flot envahisseur des Arabes submerge l'Afrique du
Nord et les Kabyles chrétiens doivent accepter le joug de l'Islam.
Les Aghlabites de Tunis prennent la ville et l'appelant BEDJANA. Le
commerce est important, surtout avec les Maures d'Espagne qui donnent
aux peaux de moutons travaillées qu'exporte BEDJANA le nom de
«Gadana», la basane.
Les villes florissantes ont toujours tenté les envahisseurs !
Obeid Allah, le Fatimide s'empare de BOUGIE et la détruit au
début du Xème siècle. Le silence règne sur
les ruines pendant plus de cent cinquante années, mais la destinée
de la ville doit s'accomplir. Au milieu du Xlème siècle,
un chef zirite, ENNACER, quitte la Kalaâ des Beni-Hamad, près
de M'SILA et ressuscite BOUGIE de ses cendres. Il veut donner à
la nouvelle ville le nom d' ENNACERIA et promit d'exempter d'impôts
ceux qui l'habiteront.
Le habitants affluent et le commerce reprend : dès l'an 1151,
les Pisans, puis bientôt les Marseillais, y installent un agent
consulaire, ce qui place notre capitale au premier rang des villes commerçantes
d'Afrique du Nord. Mais le rêve d'ENNACER ne s'est pas réalisé
: la ville n'a pas conservé son nom et c'est BEDJAÏA qu'elle
s'appellera désormais.
Ce nom écorché par les Européens devient BUGGÏA,
Bougia puis en français BOUGIE. La cire qu'on expédiait
en France servait à faire des chandelles de luxe qu'on appela
«bougies».
Quelle est la ville qui peut se vanter d'avoir donné son nom
à deux produits d'exportation - la basane et la bougie de cire
?...
Rapporté par Roger MEUNIER