Nombre de colons alsaciens-lorrains
se sont également fixés à partir des années
1872 dans la vallée de la Soummam, située entre la Petite
et la Grande Kabylie et qui doit son nom au cours inférieur de
l'oued Sahel. Cette petite rivière temporaire et souvent desséchée
charrie d'immenses masses d'eau et de boue lors des crues, inondant
les basses terres et y laissant d'énormes et de multiples terrains
marécageux, autant de nids à moustiques et de... paludisme.
De plus, en été, le Sirocco, ce vent chaud et sec du Sahara,
balaie toute la vallée. C'est pourquoi des centaines de colons
ne sont pas restés, alors que d'autres ont préféré
s'installer sur les hauteurs, a l' abri des inondations et des fièvres
*.
Lorsque les premiers immigrants sont arrivés dans cette région,
située au sud-ouest de Bejaïa (ex-Bougie), ils ont rencontré
des tribus nomades et des terres fertiles, mais recouvertes de hautes
broussailles qu'il fallait défricher avec un matériel
sommaire au prix de nombreuses difficultés et sous un soleil
de plomb.
Pourtant, les pionniers, asséchant les terres insalubres et plantant
des frênes et des eucalyptus, ont progressivement transformé
la vallée où le blé a commencé à
pousser.
A une quinzaine de kilomètres de Bougie a été créé
en 1872, sur une hauteur, le village de La Réunion où,
sur les 28 familles européennes, dont 27 venant d'Alsace-Lorraine,
seules sept sont restées, ainsi qu'une famille algérienne
sur les15 arrivées en même temps. En ce qui concerne les
colons des trois départements perdus, débarqués
près de Bougie, « ils sont venus dès le mois de
mai, c'est-à-dire à l'époque où commencent
les chaleurs. Tous ont été plus ou moins éprouvés
par le climat
*. Plusieurs enfants ont succombé et quelques familles effrayées
ont quitté cette localité pour se diriger sur d
autres points de l Algérie.
Les causes supposées « de certaines maladies étant
l'eau que boivent les habitants », l'autorité militaire
a fait arracher des racines vénéneuses proches du ruisseau
d'alimentation. A La Réunion et dans les futurs villages de El
Kseur
(Bitche) et de Oued-Amizour (Colmar), l'armée avait fait construire
des gourbis en pierres et en terre, comme premiers abris. Les vivres
étaient fournies et les colons percevaient des vêtements
militaires réformés. En octobre, avec la fin des
chaleurs, la situation s'était améliorée .