Les COMPAGNONS DE FRANCE AU COURS DES BOMBARDEMENTS DE 1942

Paru dans l'Avenir de Bougie 2005
Par Pierre PATUEL


ARCAMONI, AUBERT, BENEDETTI Edgar, BOUVET Michel, BRESSY, CARBONEAU, CAVAILLÉ, COSTES René, DESMAROUX, FAGNONI Marcel, FONTANA, FRANCE Marcel, GOTTELAND Jean, GOUYET R, GUIDONI Gilbert, HOVELACQUE Charles et Paul, JACOB Louis, JAMBERT R et G (notre mascotte), LEGRAND Giro, LORTAL Claude, MAUBECQ Jean, NINGRE Edmond, PAPALIA, PATUEL Georges et Pierre, PILUDU, POLITO Jean, RAMONI André et Georges, ROUDET, THÉRY André et Paul, THIRIET Georges et Marc, VALLIER Albert, VIGEZZI Bernard, VINDIGNI….
La majorité de ces jeunes étaient en 1941 Compagnons de France, mouvement de jeunesse créé après la défaite de 1940, pour mobiliser les jeunes (non-encadrés) à préparer la revanche.
Le chef national était le colonel de TOURNEMIRE du réseau de résistance «  Alliance «  de Marie Madeleine FOURCADE et le secrétaire général HUET François organisateur du maquis du Vercors ; il sera général en Algérie en 1956.
À Bougie, les Compagnons occupent la maison des francs-maçons rue Fatima, où ils ont remplacé l’acacia par un immense mât avec le drapeau tricolore.
Les Compagnons de France sont sous les ordres directs du Capitaine de frégate THÉRY, commandant d’armes, dont les fils sont Compagnons.
Les Compagnons effectuent clandestinement leur préparation au cap Bouak et au phare Carbon sous les ordres des gradés de la Marine nationale à l’insu de la Commission d’Armistice italienne présente à Bougie.
Le 8 novembre 1942, Bougie est en état d’alerte. Les Compagnons sont mis à la disposition du Commandant Théry. Ils sont armés, installent leur PC au garage Thureau (un ancien de la guerre de 14/18 comme Mrs Jambert et Lherondel). Ils effectuent des missions : postes de guet, patrouilles et liaisons. Ils participent à l’arrestation de la Commission d’Armistice italienne et de deux officiers allemands en mission.
Le 10 novembre Patuel réunit à 20 heures tous ceux qui ont moins de 19 ans car les plus âgés ont été appelés sous les drapeaux.
Le 11 novembre 1942 : ordre du jour du commandant Théry «  Les événements de France ont mené les plus grands chefs civils et militaires à se considérer comme déliés de toute obligation envers l’Allemagne découlant de l’Armistice. Vous allez donc voir débarquer des troupes étrangères, vous devez garder envers elles une attitude digne et éviter de provoquer tout incident. Vous restez Français, sur une terre Française. Gardez votre calme et obéissez aux ordres de vos chefs qui ne vous trahiront jamais. Vive la France ! « 
Le 11 novembre 1942 des navires alliés étaient en rade de Bougie et derrière le Gouraya. Les avions de l’axe ont commencé les bombardements sur les navires et sur le port de Bougie.
Les Compagnons de France cités plus haut, aidés par les Cadettes de la Légion sous les ordres d’Albertine Mandales, ont participé sous les bombardements à l’évacuation des blessés et des brûlés : marins et militaires anglais de la 36è Brigade d’Infanterie. Des navires en flammes, coulés, des explosions sans arrêt.
Les blessés étaient évacués sur les postes de secours de la Défense Passive, sur l’Hôpital et la Clinique, les troupes de débarquement n’ayant encore aucune installation à terre.
Le Commandant Théry, le sous-Préfet, le Maire, les officiers anglais remercient les Compagnons, les Cadettes et les volontaires et les félicitent pour leur dévouement, leur courage et leur abnégation. Les Compagnons de France seront d’ailleurs invités à la cérémonie militaire interalliée du dimanche 7 février 1943. Ils participeront au défilé avec les troupes devant toutes les autorités civiles et militaires dont le général Bruxner-Randall commandant des Forces anglaises – le colonel Campbell commandant des Forces américaines – le capitaine de frégate Théry commandant d’Armes – le colonel Baradez sous-Préfet (Echo de Bougie du 14 février 1943).
Le 25 avril 1943 sur l’Echo de Bougie on pouvait lire la citation de Michel Bouvet Compagnon de France : « Jeune guetteur civil, plein de courage et d’entrain, toujours volontaire pour porter les ordres ou les liaisons, par sa diligence a assuré la liaison avec l’aérodrome de Djidjelli, a probablement contribué à la destruction de 2 avions ennemis le 16 novembre 1942. Signé vice-amiral Leclerc commandant la Marine à Alger’ .
Le chef Hervieu, d’Alger, a attribué la fourragère à Michel Bouvet selon la note RH-5989 du 15 novembre 1942 (la citation du vice-amiral est sûrement du 16 novembre 1942).
Entre deux bombardements, les Compagnons portent dans la vallée pour chercher des légumes et des fruits pour ravitailler les Bougiotes restés à Bougie (1500) dont certains sont dans les abris : Cinq Fontaines, banque d’Algérie, postes de secours.
3979 Bougiotes ont quitté la ville pour se réfugier dans la vallée : Oued-Amizour 817, El Kseur 1900, Oued Marsa 300, Tazmalt 178, Akbou 288, Seddouk 116, La Réunion 380.
Le paquebot Gouverneur Général Lépine est venu se réfugier à Bougie. Les Compagnons aident les passagers qui sont transportés dans les hôtels et à l’école Louis Maudet. Transport de matelas (récupérés sur les navires sabordés) ainsi que divers matériels de restaurants. Les marchandises sont débarquées des navires par les Compagnons, des militaires et des bénévoles. Un taureau donne du fil à retordre aux volontaires et il est enfin chargé sur un camion pour être transporté dans une ferme.
À partir du 11 novembre 1942 les avions continuent leurs bombardements s’attaquant aux navires sur rade et dans le port. Les navires ripostent avec une DCA très puissante. Des navires sont coulés. La ville est touchée : l'immeuble Charles Leborgne, l'Alsina en feu, les autres navires touchés puis sabordés  sont le Koutoubia et le Florida, maison Borg une femme blessée ensanglantée et transportée au poste  de secours par les Compagnons et Albertine Mandales. Il n’y a plus que 20 Compagnons présents, les autres ont été rappelés par les parents qui craignent pour leur vie. Deux bombes près du fort Abdelkader, plus de trois bombes à la gare, Shell, Matas, usine électrique (Bougie sans lumière le 21/11/1942), la cale sèche en feu. Deux morts (M. et Mme Grégoire). Seize bombes sur la ville : l’école Taillard, rue Rizzo, Kadouch, maison Vidal, la Casbah, usine électrique, rue Marcel Colomb, Matton, Verdun, conduites d’eau détruites…
La loi martiale est décrétée le 14 novembre 1942. 
Les Canadiens débarquent 5000 hommes. C'est en tout 35000 hommes qui ont occupé la Casbah, tous les forts et le cap Carbon.
À partir du 22 novembre 1942 les Anglais transportent leurs blessés à l’hôpital.
En novembre eurent lieu 56 alertes, en décembre 14, et 18 en janvier 1943. Les alertes et les bombardements continuent le 17 janvier  le «  Polo «  est en feu au quai des phosphates, il est remorqué hors du port le 18 et il coule le 19.
D’après le Chaouch Zaouch Atmane, trois navires ont été coulés derrière le Gouraya le 17 novembre par des avions allemands. Cinq de leurs avions auraient été abattus au large de Bougie.
Le 26 janvier 1943 à 18h25, alerte ! la 107ième. Il y aura une centaine de bombardements surtout sur la rade et dans le port. Les avions de l’Axe cherchant principalement les navires mais ils étaient considérablement gênés par le massif du Gouraya qui les obligeait à piquer pour toucher leurs cibles (commentaires des spécialistes de la Marine).
Bougie a donc connu l’opération "Torch"  puisque Roosevelt avait décidé que les Anglais débarqueraient à Bougie puis poursuivraient par la route de Djidjelli.
Les jeunes Bougiotes dont les noms ont été cités, sont partis ensuite dans l’Armée française, la 1ère armée du général Jean de Lattre de Tassigny pour participer à la libération de la Mère Patrie et à la Victoire sur les Allemands.
Aujourd’hui leurs noms, pour certains, sont dans l’annuaire de "Ceux de Bougie"  grâce à des Bougiotes bénévoles qui maintiennent le flambeau et que je remercie vivement.
Les noms de ceux qui ont participé à ces journées inoubliables de novembre à janvier sont gravés dans nos mémoires.
Pierre PATUEL

 

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