de Marcel Cappaï (Echo de Bougie 1998)




La Côte de Saphir

 


Du haut du piton de granit qui s'élève à l'entrée du village de Cavallo, j'admire la «Côte de Saphir» qui part du Cap Carbon pour aboutir au Cap Bougaroune et qui présente un spectacle unique, grandiose et panoramique. Le long de cette côte plus sauvage et agreste que la Côte d'Azur, la corniche de Bougie à Djidjelli déroule dans la concavité du golfe un arrangement de caps, d'îles, de criques, de plages et de ravins capables de rivaliser avec beaucoup d'autres en Europe. A quelques heures de Marseille et d'Alger, en face de Toulon, nous découvrons une rade merveilleuse en forme de cirque avec des eaux bleues et transparentes ceinturées par l'imposante chaîne de montagne boisée des Babors, parfois recouverte de neige, ce qui n'est pas sans rappeler le Golfe de Rio de Janeiro, celui de Naples ou encore le lac de Genève. Le regard est immédiatement accroché par la masse verdoyante et arrogante du massif du Gouraya, avec au sommet son vieux fort éclatant de lumière et bien encadré par le Pic de la Dent et le Pic des Singes. Toute en bas, sur la droite, le Cap Carbon avec ses phares et sémaphores, relié au Cap Noir, aux Aiguades et au Cap Bouak par des passages audacieusement dynamités, taillés et sculptés dans les falaises. Au pied du Gouraya la coquette ville de Bougie bâtie en amphithéâtre, et que l'Archiduc Salvator d'Autriche avait poéti quement dénommée au cours d'un voyage princier «La Perle de l'Afrique du Nord». Bougie devait devenir plus tard un impor tant terminal pétrolier avec l'arrivée de l'Or Noir en provenance d'Hassi-Messaoud. Et le spectacle panoramique se déroule comme un film du haut de ce belvédère : Tichy, Cap Aokas, Oued Marsa, le pont de Souk et tenine, les Falaises, le câble aérien de la mine des Béni Séghoual, le pont transbordeur des Mines de Béni Felkaï, Ziama Mansouriah, la grotte merveilleuse, les gorges de Taza, le camp des Aftis, Cavallo, Djidjelli et enfin le Cap Bougarone avec son sémaphore. Et au-dessus de cette féerie de couleur sortie de la palette d'un grand peintre, une voûte céleste d'un bleu éclatant et lumineux qui, avec celui de la mer, s'estompe progressivement pour se fondre et se confondre avec l'infini. «CEUX DE BOUGIE ET SA RÉGION» connaissaient bien tous ces coins enchanteurs et paradisiaques qu'ils garderont toujours gravés en filigrane dans le souvenir de là-bas.


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