Paru dans l' Echo de Bougie 2002
par Claude Servies

CONTE à mon petit-fils

Hier mon petit fils m'a demandé de lui raconter une histoire. J'avais bien en tête les Contes de Perrault mais aujourd'hui les enfants ne croient plus aux histoires tirées des livres dont les pages ont été jaunies par le temps, ils veulent autre chose.
Mais que raconter à ce gamin ? Pourquoi ne pas lui parler de BOUGIE ? BOUGIE la ville que l'on veut oublier mais qui revient sans cesse comme une balle qui frappe un mur sans pouvoir le traverser.
“ Nous habitons rue DONAIN frères, deux héros de la guerre 14/18. La villa « Sans Souci » au 17 c'est la maison des courants d'air où tout vole sans que personne y fasse attention, sauf Christophe qui jure de voir cette insouciance..
Les fenêtres s'ouvrent sur la baie, et les Babors se découpent dans le fond. Dans la rue les gosses sont en train de faire une partie de foot et le gardien de but que je suis a découpé les chaussettes de son père afin de m'en faire des genouillères . Pendant la partie le ballon passera dans le jardin des RATTON et il ne sera plus possible de le récupérer. La partie finie je remonte à la villa. La chatte est allongée à l'ombre. Dans la cour la fatma vient de se servir son café. Elle est ici chez elle, c'est presque un membre de la famille. Du balcon j'aperçois ma mère qui revient de magasin.
Viens allons faire un tour en ville.
La rue Donain est bordée de villas toutes fleuries de jasmins et bougainvilliers, et le soleil qui frappe fait monter dans l'air couleurs et odeurs qui se fondent dans le ciel d'azur. La journée s'annonce belle. Devant la porte de son bureau Marcel BOCHON attend le facteur et Madame DUPONT se rend chez les FOUCHIER. Plus loin, derrière les glycines qui servent de moucharabieh, les femmes AMROUNE suivent les passants. SAEZ vient d'ouvrir son épicerie. Dans le temps il y avait à la place du magasin un superbe cerisier et nous chipions quelques fruits au passage. Face à la caserne Charles ROUX le café du « Réveil » qui attend les premiers clients. Une pensionnaire des « hôtels » accompagnée d'une gérante descend en ville pour y faire des achats. Continuons ce n'est pas un endroit pour les jeunes de ton âge. La rue GIMET très en pente s'arrête aux Cinq Fontaines et en passant je trouve mon ami Jean ZALLIO assis sur la rampe. Au bas de la rue les filles du quartier, belles comme des roses, racontent leur dernier tango dansé au bal du Théâtre. Puis la rue du VIEILLARD se déroule devant nous, bordée de magasins et d'immeubles. ZERARA vient de sortir une fournée de pain et Petit-Chapeau met à jour son tableau de classement des matches de foot du week-end. Les commères, sur le trottoir taillent des costumes sur Madame UNETELLE, elle sera détaillée de la tête aux pieds.
Le Crédit Foncier termine la rue. C'est là que mon père a fait sa carrière. Place BILLARD une station de taxis. BOUZIDI attend les clients. Place de GUEYDON , les jeunes sont installés sur les ailes des voitures ils sifflent les filles qui font le « persil ». Hautaines d'abord, elles se retourneront lentement pour reconnaître le rossignol. La brise soulève les volants des jupes découvrant ainsi quelques centimètres de jambes.
Paulo DEJEAN expédie de GUEYDON-PLACE les joueurs de baby, les joueurs de cartes sirotent leur anisette. La rue TRÉZEL Haute beaucoup de magasins. Gaston SEGUIN charge dans sa camionnette des bouteilles de gaz, Nadette Haute Couture refait ses vitrines, José SERRANO vient de recevoir les dernières nouveautés, c'est l'époque de R. ANTONY, PLATTERS, etc. Chez DEVEAU & VERNIER les employés comptabilisent les derniers achats et Mme GACHE prépare les bouquins de la prochaine rentrée.
Tout en haut, Place de la Poste, le “tombeau de César”, un cube, peut être une erreur de la précédente municipalité ? Mais passons.
En redescendant nous retrouvons nos merles, et un petit cireur vient nous proposer de nous faire reluire les chaussures. C'est le début de la rue TRÉZEL Basse. Le Crédit Lyonnais, qui n'a pas encore connu ses affaires, commence la rue. Plus bas Louis FESTINO prépare paniers d'huîtres et moules. Le magasin de ma mère fait face à la librairie DUBAR. Mme KUNTZ emballe un paquet de charcuterie et JEANELLE devant sa boutique plaisante avec les gens.
Voilà en quelques lignes ce que je voulais dire sur BOUGIE . Tu es trop petit encore pour aimer BOUGIE comme je l'ai aimé... mais plus tard... plus tard “.

Claude SERVIES, papy

[ Haut de page ]