Hier mon petit fils m'a demandé
de lui raconter une histoire. J'avais bien en tête les Contes
de Perrault mais aujourd'hui les enfants ne croient plus aux histoires
tirées des livres dont les pages ont été jaunies
par le temps, ils veulent autre chose.
Mais que raconter à ce gamin ? Pourquoi ne pas lui parler de BOUGIE
? BOUGIE la ville que l'on veut oublier mais qui revient sans cesse
comme une balle qui frappe un mur sans pouvoir le traverser.
Nous habitons rue DONAIN frères, deux héros de
la guerre 14/18. La villa « Sans Souci » au 17 c'est la
maison des courants d'air où tout vole sans que personne y fasse
attention, sauf Christophe qui jure de voir cette insouciance..
Les fenêtres s'ouvrent sur la baie, et les Babors se découpent
dans le fond. Dans la rue les gosses sont en train de faire une partie
de foot et le gardien de but que je suis a découpé les
chaussettes de son père afin de m'en faire des genouillères
. Pendant la partie le ballon passera dans le jardin des RATTON et il
ne sera plus possible de le récupérer. La partie finie
je remonte à la villa. La chatte est allongée à
l'ombre. Dans la cour la fatma vient de se servir son café. Elle
est ici chez elle, c'est presque un membre de la famille. Du balcon
j'aperçois ma mère qui revient de magasin.
Viens allons faire un tour en ville.
La rue Donain est bordée de villas toutes fleuries de jasmins
et bougainvilliers, et le soleil qui frappe fait monter dans l'air
couleurs et odeurs qui se fondent dans le ciel d'azur. La journée
s'annonce belle. Devant la porte de son bureau Marcel BOCHON attend
le facteur et Madame DUPONT se rend chez les FOUCHIER. Plus loin, derrière
les glycines qui servent de moucharabieh, les femmes AMROUNE suivent
les passants. SAEZ vient d'ouvrir son épicerie. Dans le temps
il y avait à la place du magasin un superbe cerisier et nous
chipions quelques fruits au passage. Face à la caserne Charles ROUX
le café du « Réveil » qui attend les premiers
clients. Une pensionnaire des « hôtels » accompagnée
d'une gérante descend en ville pour y faire des achats. Continuons
ce n'est pas un endroit pour les jeunes de ton âge. La rue GIMET
très en pente s'arrête aux Cinq Fontaines et en passant
je trouve mon ami Jean ZALLIO assis sur la rampe. Au bas de la rue les
filles du quartier, belles comme des roses, racontent leur dernier tango
dansé au bal du Théâtre. Puis la rue du VIEILLARD
se déroule devant nous, bordée de magasins et d'immeubles.
ZERARA vient de sortir une fournée de pain et Petit-Chapeau met
à jour son tableau de classement des matches de foot du week-end.
Les commères, sur le trottoir taillent des costumes sur Madame
UNETELLE, elle sera détaillée de la tête aux pieds.
Le Crédit Foncier termine la rue. C'est là que mon père
a fait sa carrière. Place BILLARD une station de taxis. BOUZIDI
attend les clients. Place de GUEYDON , les jeunes sont installés
sur les ailes des voitures ils sifflent les filles qui font le «
persil ». Hautaines d'abord, elles se retourneront lentement pour
reconnaître le rossignol. La brise soulève les volants des
jupes découvrant ainsi quelques centimètres de jambes.
Paulo DEJEAN expédie de GUEYDON-PLACE les joueurs de baby, les
joueurs de cartes sirotent leur anisette. La rue TRÉZEL Haute
beaucoup de magasins. Gaston SEGUIN charge dans sa camionnette des bouteilles
de gaz, Nadette Haute Couture refait ses vitrines, José SERRANO
vient de recevoir les dernières nouveautés, c'est l'époque
de R. ANTONY, PLATTERS, etc. Chez DEVEAU & VERNIER les employés
comptabilisent les derniers achats et Mme GACHE prépare les bouquins
de la prochaine rentrée.
Tout en haut, Place de la Poste, le tombeau de César,
un cube, peut être une erreur de la précédente municipalité ?
Mais passons.
En redescendant nous retrouvons nos merles, et un petit cireur vient
nous proposer de nous faire reluire les chaussures. C'est le début
de la rue TRÉZEL Basse. Le Crédit Lyonnais, qui n'a pas
encore connu ses affaires, commence la rue. Plus bas Louis FESTINO prépare
paniers d'huîtres et moules. Le magasin de ma mère fait
face à la librairie DUBAR. Mme KUNTZ emballe un paquet de charcuterie
et JEANELLE devant sa boutique plaisante avec les gens.
Voilà en quelques lignes ce que je voulais dire sur BOUGIE . Tu es trop petit encore pour aimer BOUGIE comme je l'ai aimé...
mais plus tard... plus tard .
Claude SERVIES, papy