Pressenti pour la rédaction de léditorial de lannée prochaine, moi qui ne suis pas de Bougie, jen profiterai
dès maintenant pour livrer ma pensée en quelques mots.
Donc je ne suis pas né à Bougie, ni à El Kseur,
ni à Sidi Aïch mais un peu dOued Amizour. Mon univers
cétait Alger la Blanche, Staouèli, Chéragas,
Hussein Dey... Je vous vois donc de " lextérieur
et tout étonné de votre fidélité
en général plus quailleurs.
Sidi Ferruch, vous connaissez ? Cest là que lHistoire
a commencé, et cest là que nous avions "le
cabanon" et où un soir bien sombre de bafagne, descendu
en bas la mer pour monter le bateau, je pêchais,
au bout dun cordage que je halais, une fille dOued Amizour
qui tirait de l'autre extrémité. Laventure
ma conduit à El Kseur auprès de labbé
Paul Teuma pour la confession qui précède les épousailles.
Cétait en 1959, cétait les événements.
Alors je nai pas connu comme vous en temps de paix, vos fêtes
et vos bals de villages, vos parties de chasses, vos retrouvailles autour
de lanisette, vos réjouissances sur les plages de Tichy
ou de Cap Aokas, et toutes sortes de belles choses propres à
la Kabylie et au littoral bougiote.
Toute notre Algérie était magnifique et les natifs de
chaque région ne voient que par la leur. Mais nempêche,
Bougie et ses environs étaient particuliers et vous avez raison
de vouloir, plus quailleurs, garder vivants les souvenirs de
ces temps heureux.
Si... si..., oui ! Si lHOMME était plus intelligent tout
se passerait et se serait passé autrement, nous serions encore
là bas mais nous n aurions plus de réunions à
Saint Pierre les Aubagnes, à Séte ou ailleurs. Et même
si une indépendance digne avait provoqué notre départ
nous aurions encore des attaches et nous pourrions y retourner pour
honorer nos disparus et montrer à nos enfants et petits enfants
ce quétait notre France de là-bas et quelle
était votre existence, eux qui ne peuvent imaginer ce à
quoi nous sommes tout attachés.
La page se tournera bien toute seule, mais de nous tous il restera toujours
quelque chose de très positif : en métropole ou en Algérie
lHistoire, la vraie, triomphera et cest en bonne voie des
deux côtés de la grande bleue...
Moi qui, dans vos réunions, me sens jouer le rôle du pot
de fleurs (un cactus précisément), je Vous dis :
Vous avez raison, continuez à battre le rappel, entretenez le
souvenir, il est trop beau ! Mais il a encore des gens de chez vous
qui ne sont pas allés à vos réunions ou qui sen éloignent. Par lassitude ? Par découragement ? Beaucoup
encore ne se connaissent pas. Il faudrait y remédier !
Votre vocation à tous nest pas dêtre un restaurant
ou un hôtel dont on profiterait commodément, mais une occasion
dentretenir la flamme et de remercier ceux qui se sont dépensés
sans compter pour renouer les liens, Alibelli, Bochon, Maroni, Jambert,
Dubar, Ferrer et beaucoup dautres que je ne connais pas.
A Séte, en novembre, il y aura quarante ans que tout s'est joué mais que tout na pas été dit.
Il faudra y être, plus que jamais ! Parole de moi-même.
Jean Pierre Féral