Paru dans l' Echo de Bougie 2003
de Claude Servies

Été, passé, jetée


La journée a été chaude, pas un souffle d'air en ville, les rues sont désertes, vitres grandes ouvertes nous allons en famille essayer de trouver un coin de fraîcheur. Direction la jetée. C'est un lieu de rencontre entre amis. Le soleil commence à descendre et l'arrière port scintille de mille feux. Les habitués arrivent, parmi eux un barbu. Il ne parle à personne sauf à sa compagne afin de lui donner les dernières consignes pour les emplacements de la soirée. C'est un " pro ", il attendra que la nuit soit tombée pour débusquer dans les rochers les crabes qui feront les repas des daurades. Il a son bidon, ex-boite de conserve, sa lampe, son pic. La nuit est maintenant bien noire. De notre coté chacun a sorti pizza, salade de tomates, boissons. Le transistor envoie les derniers tubes de l'été et les discussions vont bon train, quelques éclats de rire, Lui, installé sur son rocher nous lance un mauvais œil.
La lune maintenant se reflète dans l'eau, en face de nous la ville brille de toutes ses lumières. Une légère brise vient nous rafraîchir, il fait bon, le ciel est constellé d'étoiles, nous croquons à pleines dents pizzas et autres, nos petits prennent leur biberon. Faites un voeu une étoile filante vient de se décrocher de l'atmosphère. Comment peut-on s'imaginer que nous sommes en train de vivre nos derniers instants de bonheur. Stop ! Le barbu vient de sortir une belle pièce, sans bruit nous nous approchons pour admirer, mais la prise a déjà été cachée dans le panier, et si nous lui posons une question il reste sourd et muet.
22 h 30, il faut rentrer, nos petits rêvent déjà, à demain pour les retrouvailles... mais il n'y a plus eu de lendemain... Je viens de me dérouler ce film quelque peu jauni par le temps. Le réveil est brutal, pourquoi le passé me rattrape d'un seul coup moi qui pensais avoir oublié que BOUGIE ne se nomme plus BOUGIE.
Claude SERVIES



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