Paru dans l' Echo de Bougie 2003
de Claude Servies

Spéléologie



Dimanche matin 7 heures Place de Gueydon nous nous retrouvons encore un peu endormis. La Land-Rover de la commune mixte d'Oued Marsa est déjà là. Ali le chauffeur fume tranquillement une cigarette. Les rues sont encore désertes, un chien fouille dans les poubelles. En cette matinée de Novembre le ciel est clair, il fait encore bon, c’est l’été indien. Les étoiles scintillent encore dans le ciel. La journée s'annonce belle pour notre sortie dans les Babors.

Guinou, c'est un peu le patron de notre petite équipe, arrive, sa Golden Club au bord des lèvres, la barbe bien taillée. Nous embarquons vers notre destination. Dans la Jeep personne ne parle, certains somnolent et rêvent encore. je croise dans le rétroviseur le regard du chauffeur, il a l'air un peu gêné, mais il répond à mon regard par un sourire et remet son béret en place A quoi pense-t'il ? La route défile, le jour commence à se lever et BOUGIE sur notre gauche s'éveille tout doucement. C'est dimanche, bientôt la ville s'animera. L'église St Joseph va se remplir, les cafés vont doucement sortir tables et chaises.
Nous venons de quitter la route nationale pour prendre une piste cahoteuse et nous sommes un peu chahutés. Nous avons laissé les vignes pour trouver la forêt de chênes liège et une odeur de mousse monte dans l'air frais du matin. Quelques nuages cotonneux s'accrochent aux pentes de la montagne. Ali se met à parler d'un seul coup. Il nous dit qu'il vient de temps en temps dans le coin pour y voir des membres de sa famille qui habitent dans le douar voisin. Un vieil oncle nous dit-il, pourquoi pas !
Enfin encore quelques virages pour atteindre le point où nous mettrons pied à terre. Il fait maintenant jour et le ciel est complètement dégagé. A nos pieds se dessine le golfe de Bougie la mer est calme, mais un ruban de boue s'étale depuis l'embouchure de la Soummam. Il a dû pleuvoir dans l'intérieur cette nuit.
Nous y voilà, nous allons commencer notre ascension vers le point fixé par Guinou. Carte en mains il détermine un itinéraire et fixe la tâche de chacun. Les plus petits et les plus minces seront chargés de visiter trous et failles où une éventuelle présence d'eau pourrait être détectée. Pour cela il va falloir marcher à travers des sentiers tracés dans les éboulis de pierres. Toute la journée nous avons vu, sondé, visité les moindres recoins de la montagne sans avoir eu la chance de découvrir la goutte d'eau tant désirée. Mais bon, quel beau dimanche passé en plein air.
Il est maintenant l'heure de rentrer et la descente commence lentement car les jambes sont un peu lourdes. Attention aux chutes de pierres car dans l'équipe il y a un spécialiste.
Ali est toujours au rendez-vous le béret légèrement de côté. Il a dû pendant notre absence, faire un petit somme. Nous embarquons et retour sur Bougie. Chacun raconte sa petite anecdote de la journée, d'autre cligne un peu des yeux.
20 heures nous sommes place de Gueydon. Là, sous les arcades faisant les cents pas mon père et notre chien. Que s’est-il passé pour qu'ils soient là ?
Un drame venait de se dérouler dans les Aurès où un couple de jeunes instituteurs venait de se faire assassiner par les fellagas. C'était le début de la guerre d'Algérie que nous allions subir de plein fouet alors que nous vivions une jeunesse de rêve dans un pays où la vie se passait sans problème. Ali lui est reparti vers son village et c’est un peu tardivement que j'ai compris son regard dans le rétroviseur...
Aujourd'hui toute cette merveilleuse équipe a vieilli, des familles se sont crées, enfants petits enfants, et d'autres sont partis au paradis de l'accordéon comme chantait Georges. S'ils jouent de l'accordéon là-haut, ici nous pensons toujours à eux.

Claude SERVIES

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