
Dimanche
matin 7 heures Place de Gueydon nous nous retrouvons encore un peu endormis.
La Land-Rover de la commune mixte d'Oued Marsa est déjà là.
Ali le chauffeur fume tranquillement une cigarette. Les rues sont encore
désertes, un chien fouille dans les poubelles. En cette matinée
de Novembre le ciel est clair, il fait encore bon, cest lété
indien. Les étoiles scintillent encore dans le ciel. La journée
s'annonce belle pour notre sortie dans les Babors.
Guinou, c'est un peu
le patron de notre petite équipe, arrive, sa Golden Club au bord des
lèvres, la barbe bien taillée. Nous embarquons vers notre
destination. Dans la Jeep personne ne parle, certains somnolent et rêvent
encore. je croise dans le rétroviseur le regard du chauffeur, il
a l'air un peu gêné, mais il répond à mon regard
par un sourire et remet son béret en place A quoi pense-t'il ? La
route défile, le jour commence à se lever et BOUGIE sur notre
gauche s'éveille tout doucement. C'est dimanche, bientôt la
ville s'animera. L'église St Joseph va se remplir, les cafés
vont doucement sortir tables et chaises.
Nous venons de quitter la route nationale pour prendre une piste cahoteuse
et nous sommes un peu chahutés. Nous avons laissé les vignes
pour trouver la forêt de chênes liège et une odeur de
mousse monte dans l'air frais du matin. Quelques nuages cotonneux s'accrochent
aux pentes de la montagne. Ali se met à parler d'un seul coup. Il
nous dit qu'il vient de temps en temps dans le coin pour y voir des membres
de sa famille qui habitent dans le douar voisin. Un vieil oncle nous dit-il,
pourquoi pas !
Enfin encore quelques virages pour atteindre le point où nous mettrons
pied à terre. Il fait maintenant jour et le ciel est complètement
dégagé. A nos pieds se dessine le golfe de Bougie la mer est
calme, mais un ruban de boue s'étale depuis l'embouchure de la Soummam.
Il a dû pleuvoir dans l'intérieur cette nuit.
Nous y voilà, nous allons commencer notre ascension vers le point
fixé par Guinou. Carte en mains il détermine un itinéraire
et fixe la tâche de chacun. Les plus petits et les plus minces seront
chargés de visiter trous et failles où une éventuelle
présence d'eau pourrait être détectée. Pour cela
il va falloir marcher à travers des sentiers tracés dans les
éboulis de pierres. Toute la journée nous avons vu, sondé, visité les moindres recoins de la montagne sans avoir eu la chance
de découvrir la goutte d'eau tant désirée. Mais bon,
quel beau dimanche passé en plein air.
Il est maintenant l'heure de rentrer et la descente commence lentement car
les jambes sont un peu lourdes. Attention aux chutes de pierres car dans
l'équipe il y a un spécialiste.
Ali est toujours au rendez-vous le béret légèrement
de côté. Il a dû pendant notre absence, faire un petit
somme. Nous embarquons et retour sur Bougie. Chacun raconte sa petite anecdote
de la journée, d'autre cligne un peu des yeux.
20 heures nous sommes place de Gueydon. Là, sous les arcades faisant
les cents pas mon père et notre chien. Que sest-il passé
pour qu'ils soient là ?
Un drame venait de se dérouler dans les Aurès où un
couple de jeunes instituteurs venait de se faire assassiner par les fellagas.
C'était le début de la guerre d'Algérie que nous allions
subir de plein fouet alors que nous vivions une jeunesse de rêve dans
un pays où la vie se passait sans problème. Ali lui est reparti
vers son village et cest un peu tardivement que j'ai compris
son regard dans le rétroviseur...
Aujourd'hui toute cette merveilleuse équipe a vieilli, des familles
se sont crées, enfants petits enfants, et d'autres sont partis au
paradis de l'accordéon comme chantait Georges. S'ils jouent de l'accordéon
là-haut, ici nous pensons toujours à eux.
Claude SERVIES