Dans ma mémoire j'ai retrouvé un fait divers cocasse,
un orage qui avait eu lieu en 1931 ou 1932.
Nous venions d'aménager dans la maison Bratchi (ancien notaire
à Bougie sis au 27 de la rue des Vieillards.
Tout en haut de cette rue, au Cinq Fontaines, se trouvait latelier
tout en longueur dARESKI, le réparateur de sommiers qui
à lépoque étaient fabriqués en toile
métallique, reposant sur une multitude de ressorts et boudins.
En fin de réparation, ARESKI les peignait en noir et les laissait
sécher appuyés sur la paroi de sa grande baraque en bois
longue dune vingtaine de mètres !!!
Un peu plus haut que chez nous se trouvait la forge du père Della-Raggione,
époux en deuxième noces de Madame Veuve Bresson qui était
lépouse de feu Jean Bresson, forgeron de son état,
à la ferme de Clos Salins chez mon grand-père Dufour Charles.
Bresson fut assassiné en 1920 par le garde champêtre de
mon grand-père. Il le fit pour s'emparer du magnifique fusil
de Bresson. Ce fusil était une pièce rare et unique de
la marque Darne de St. Étienne. Elle lui avait coûté
une fortune après huit ou dix ans dépargne.
Lassassin fut guillotiné à Bougie sur la grande
place jouxtant la prison civile, là où simplantaient
les cirques AMAR, PINDER voir ZERBINI et autres à Bougie avant
1940.
Mais revenons à lorage de septembre 1931 !!!
Les sommiers dAreski furent emportés un à un par
les flots impétueux qui descendaient de la caserne Charles Roux
et du bistro dAlbérola, grossis par les flots de la grimpette
qui conduisait à limmeuble Reymondet, gendre de feu M.
GÉRARD ancien Maire de Bougie avant Félix BORG.
De notre balcon, on voyait défiler les sommiers métalliques
raclant le sol de la rue des Vieillards noyés dans les flots
boueux et impétueux descendant du Gouraya. Le forgeron Della-Raggione
qui avait un ventre énorme se démenait comme il pouvait
pour accrocher au passage avec une chaîne munie dun crochet
en fer à béton (lasso de fortune). Je crois quil
réussit ) en harponner un ou deux !! les autres ont dévalé
la rue des Vieillards jusquau bas des grands escaliers qui montaient
à léglise près de la pâtisserie GARDA,
coiffeur Natrella, Bar Canaguier.
La rue remontant vers la Place de Gueydon, les eaux sengoufraient
vers la rue Trézel basse. Les sommiers tentèrent de prendre
le virage et allèrent défoncer la porte et la vitrine
de la librairie BILLARD.
Le lendemain matin, nous les gamins des écoles en culottes courtes
étaient dans la boue, pieds nus à chercher les stylos,
crayons de couleur, gommes etc... enfouis dans la vase tout autour de
la porte Sarrazine, des Ets Banco, Blancard et Ravinale où le
terrain plat avait cassé le flot impétueux et permis le
dépôt de tous ces trésors !!!