Paru dans l'Echo de Bougie 11/2004

Jean Claude Krief évoque quelques souvenirs...


Un grand-père pas comme les autres !
Pourquoi écrire cette histoire !
Ou plutôt, pour qui écrire cette histoire ?
Tout simplement pour laisser une trace de mon passage sur cette terre, a mes petits-enfants et leur raconter Bougie, la petite ville de Kabylie située sur les flans du Gouraya et bordée par la Méditerranée qui scintille sous le soleil.
Bougie, ville aux milles senteurs ou il faisait bon vivre, Bougie, la ville de ma merveilleuse enfance, Bougie, dont on parle toujours avec ferveur et émotion.
En effet, j'ai la chance d'être l'heureux grand-père de 4 petits-enfants adorables et espiègles, curieux au possible et avides de poser des questions a leur « Papou "
Alexandre 6 ans, Adrien 6 ans, Morgane 4 ans et le tout dernier, blond comme les blés et terrible au possible, Alejandro 3 ans.
Frédéric et Olivier, mes fils, qui ne connaissent pas Bougie et a qui je n'en ai que très peu parlé, car la plaie n'était pas encore cicatrisée, en se mariant, ont eu la bonne idée de me faire grand-père. Mais un grand-père pas comme les autres, puisque j'ai eu l'avantage de vivre a Bougie dés l'âge de 4 ans, et d'avoir une enfance des plus heureuse en compagnie de copains et de copines que l'on ne peut oublier et pour cause.
Maintenant que mes petits oiseaux sont arrivés à l'âge ou l'on pose des questions, et ils ne vont certainement pas manquer de m'en poser, je vais pouvoir leur raconter mon histoire qui je l'espère, les fera rêver..
Et oui, de Bougie on en rêve encore, même a 65 ans….
Je vais leur raconter, que quant nous sortions de l'École Louis-Maudet a 4 heures et demie, comment nous grimpions les escaliers du Monument aux Morts a toute vitesse pour arriver sur les lieux de nos exploits, a savoir le quartier des Cinq Fontaines, qui n'en possédait plus qu'une, notre quartier, mon quartier, le quartier ou nous habitions. Jean-Paul, Norbert, Yvan, Alain, Nésim, Jean, Nefta, Pascal et tant d'autres que l'on ne peut oublier.
Pour notre goûter nous partagions le pain et le miel, parfois un carré de chocolat et une tranche de ce bon pain doré a souhait, que seul notre boulanger de quartier, Said, savait si bien faire.
Je vais leur expliquer nos différents jeux, et comment nous nous faisions gronder par Madame Védrines, la libraire du coin de la rue quand nous faisions des âneries.
Nous avons fait les 400 cents coups et des bêtises en veux-tu en voilà, mais toujours sans méchanceté, que cela mérite d'être raconté par un grand-père, fier de ses exploits.
Je vais leur raconter, comment nous avions conquis de haute lutte, l'autorisation, de monsieur Hamlaoui, le gardien du square, de jouer aux billes et aux noyaux, et de prélever avec parcimonie et a bon escient, les feuilles de mûrier pour nos vers a soie que nous élevions avec beaucoup de précautions et d'impatience jusqu'à la naissance du papillon.
Je vais leur raconter nos parties de jeux avec les filles, Romane, Annie, Chantal, Moustique, Marie-Claire, Mabrouka, Fadila et bien d'autres, les après-midi durant les grandes vacances sur les bancs de notre square, sous l'oeil vigilant de notre gardien que tout le monde estimait et qui veillait jalousement sur sa marmaille.
Je n'oublierais surtout pas de leur dire comment nous attendions avec grande impatience la venue du marchand d'oublis.
Après le traditionnel tirage de la petite loterie à roue sur le présentoir du marchand, loterie qui nous était peu favorable, parce que honteusement truquée, nous dégustions, sagement sur un banc ces délicieux oublis blonds et croustillants.
Doit-on oublier de parler de Galoufa, le chasseur de chiens ? Certainement pas.
Nous faisions tout pour protéger nos amis a 4 pattes contre ce misérable chasseur.
Je vais aussi leur raconter nos parties de carriole a roulements a billes aux Oliviers et sur les pentes de " Ma Gouraya " et comment nous nous sommes retrouvés plus d'une fois au fond du ravin, heureusement sans trop de bobo, tellement nous descendions vite.
Comment nous organisions nos expéditions du jeudi après-midi au Pic des Singes, pour voir et admirer nos petits amis les singes, vivre en liberté et sauter d'arbre en arbre a la recherche de nourriture.
Il fallait toutefois s'armer de patience, se camoufler dans les buissons, pour les regarder évoluer car ces messieurs essaient susceptibles, agressifs et parfois dangereux
Je n'oublierai pas de leur expliquer, comment, la belle saison venue, nous préparions nos cannes a pêche, pour aller au port, sur les Quais de la Marine ou sur les jetées, pêcher la petite friture…
Je n'oublierais surtout pas de leur raconter nos exploits de nageurs lorsque nous allions à la plage, a la Brise de Mer, chez Laurent ou chez Lubrano.
Et comment Jean-Paul, le casse-cou de service qui ne savait pas nager, se jeter du haut du plongeoir de 5 mètres et comment les copains l'attendais afin de lui tendre sa planche de liège avant qu'il ne boive la tasse.
Je n'oublierais certainement pas de leur raconter nos promenades sur la corniche qui menait aux Aiguades et ou notre récompense était de boire a la cascade ou coulait une eau fraîche, délicieuse et naturelle.
Et là, a l'ombre des arbres, sur cette plage de galets, nous prenions un repos bien mérité.
Les années ont passé.
Nous avons grandi et sommes devenus des ados qui usaient leurs Jeans contre les carrosseries des voitures stationnaient en ville.
C'est sur la place Gueydon qui dominait la baie de Bougie, une des plus belles au monde, que nous nous retrouvions et là nous faisions pétarader nos scooters pour épater les filles qui se promenaient et ne manquaient pas de nous aguicher.
Je vais leur raconter, comment, quand nous sortions du lycée, nous allions déguster ces beignets, dorés et craquants a souhait. Comment nous nous retrouvions pour papoter avec les filles et fumer notre première cigarette le long du parapet du square des Cinq Fontaines.
Je vais leur raconter, comment, tous les jeudis nous nous retrouvions devant le cinéma de Pierrot Caravano pour voir le dernier film.
Comment les Petits Cireurs nous astiquaient les souliers pour nous les rendre, "à la glace de Paris" comme ils disaient.
Comment aussi, nous écoutions Ras-Motte nous débiter les patronymes des bougiotes a toute vitesse devant le café de Réfalo ou nous faisions nos parties de Baby-foot effrénées.
Je n'oublierais pas de leur dire que j'avais pour habitude de saluer mon oncle, monsieur Kouby, qui bavardait sur la place du commissariat avec messieurs Tridon et Paléja, face à la place Billard ou stationnaient les taxis de Bouzidi et consorts.
Je leur parlerai de ce merveilleux appartement, au-dessus du Crédit-Lyonnais, que nous occupions depuis peu et qui surplombait la baie de Bougie, là où mon cher Papa a fait une partie de sa carrière.
Je n'oublierais pas de leur parler de Tichy "la Merveilleuse" ou nous nous rendions le dimanche, passé la journée en famille. Je leur parlerai de la finesse de ces grains de sable dorés ou il faisait bon se rouler. Je leur raconterais nos baignades et nos jeux dans l'eau chaude et limpide de la Méditerranée.
Je vais... Je vais... Je vais...
Mais je bavarde, je bavarde et ne faut-il pas que j'en garde un peu pour la prochaine fois, n'est-ce pas les enfants !
Mais je n'oublierais surtout pas de leur dire avant de fermer la page sur la ville de mon enfance que plus tard, quand ils auront grandi, que le temps aura peut-être enfin cicatrisée les blessures et s'il plaît a Dieu de me donner la force et le courage d'entreprendre le voyage, de les emmenés à la rencontre de cette ville merveilleuse ou les enfants étaient roi, qui se nomme maintenant Bejaia…


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