Paru dans l'Echo de Bougie 11/2004
par Claude SERVIES

CINEMA CARAVANO - évocation


Te souviens-tu de l'Alhambra ? Viens je vais t'y conduire.
Après avoir passé quelques instants à regarder la mer et au loin les Babors dont les sommets sont déjà couverts de neige, traversons la Place de Gueydon pour aller au ciné. C'est jeudi, il n 'y a pas classe, c’est aussi le jour ou les gamins vont chez le coiffeur, pour ma part chez Monsieur PALEIRAC, rue Trézel Basse.
Devant l'entrée, sous les arcades de la Banque de l'Algérie, le marchand de pois chiches est là avec son bidon, le verre doseur, et les cornets déjà préparés, découpés dans « La Dépêche de Constantine ou l'Echo d'Alger » selon les tendances politiques. Une odeur de cumin nous prend les narines. A l'entracte, nous viendrons lui en acheter un cornet. Une parenthèse, à cette époque nous ne pensions pas aux produits nocifs contenus dans les encres d'imprimerie. Après quelques marches, Pierrot CARAVANO (alias TCHOUKCHOUKA) nous attend assis derrière son comptoir. Un contrôleur est placé à l'entrée des balcons, un autre vers les marches desservant les réservées et les premières. Certains essayeront de déjouer la vigilance du cerbère, mais il sera vite repris. Si mes souvenirs sont encore bons, les prix étaient de 150 francs pour les balcons de face et de côté, 135 francs pour les réservées, et 70 francs pour les premières. Je vous parle du cinéma avant sa rénovation !
Donc, ce jeudi un épisode de la série du « Dernier des Fédérés » le western de l'époque. Avant la projection du film, bien sûr un dessin animé, suivi des Actualités Françaises, le projectionniste de la cabine Monsieur SERRANO. Le "Dernier des Fédérés" un vengeur masqué et Tanto l'indien, tout cela sur l'ouverture de « Guillaume Tell » quand le héros arrive pour libérer l'otage des indiens, et un cri dont je ne peux vous donner le son, que toute la salle reprendra en cœur.  
Il y avait aussi certains films « osés » dans lesquels on pouvait entrevoir des choses qui aujourd'hui passent à la télé dans les émissions enfantines et les baisers du bel hidalgo serrant la princesse dans ses bras. Alors les sifflets fusaient dans la salle, tenant en haleine les spectateurs.

Pendant la séance, certains vont essayer de fumer en cachant leur « Camélia Sport » mais le pompier de service d'un rai de lampe électrique lui fera rapidement éteindre sa cigarette. Dans le fond, des amoureux se tiennent par la main, lui, essaye de voler un baiser de sa douce qui d'abord le repoussera puis, dans le noir lui tendra ses lèvres en rêvant au héros du film. Et c’est la fin, il est 17 heures 30, nous sommes au mois de novembre, la nuit commence à tomber et une légère pluie fait briller la rue sous les phares des voitures. Notre marchand de pois chiches, lui aussi rentre avec son seau vide. Il reviendra les jours suivants. Hier, ciné de notre jeunesse, avec certains points communs avec le « Cinéma Paradisio ». J 'espère qu'il ne finira pas comme celui d'Eddy Mitchell, perdant ainsi les empreintes laissées par les acteurs que nous étions.


Claude SERVIES
vendredi 12 mars 2004


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